The road to hell partie 6

The road to hell partie 6
Sixième partie : Kamel




Assise, perdue, glissant entre ses lèvres quelques mots inconnus aux profanes, elle attend. Solitaire, certainement impatiente, une femme craint la nouvelle. Etrange sentiment qu'elle expérimentait enfin, elle qui, sans aucunes ressources, avait élevée cinq enfants, fait face à l'adversité inscrite au travers d'une société toujours plus menaçante... à jamais décadente. Elle qui avait su conjurer les injures, traverser les océans de calomnies, chercher par tous les moyens à honorer son rôle de mère... Sa force, son courage, balayé si soudainement par l'attente d'un verdict bien funeste.
Oui... cette nuit elle savait qu'elle allait perdre un fils. Pudique, elle dissimule avec tendresse ces larmes étouffées à l'aide de son index. Se dissimulant derrière un voile, l'on pouvait cependant entrevoir ses mains fatiguées soutenant sa tête. C'est alors qu'un homme s'approcha d'elle. Lentement il s'avance à l'instar du fauve ayant repérée une proie. Puis, avec une douceur devenue coutume, il posa délicatement sa main droite l'épaule de l'attristée.

« Maman ? »

Un silence quasi religieux ne contenterait guère Kamel. Il s'assied alors à côté de sa mère, regarde fixement un de ces posters que les hôpitaux croient utiles à la prévention de quelconque pathologie, et tente d'établir un lien avec elle. Bien que décidé à lui parler, à la rassurer, il abandonna cette idée voyant cette femme si désarmée. Au fond de lui encore, l'on pouvait discerner la voix d'un petit garçon :

« Maman s'il te plaît ne pleure pas... Je t'aime moi je suis là... Maman pourquoi tu m'écoutes pas ? »

Mais il est bien grand maintenant... Alors il se comporte tel un homme... il se tait. Bientôt, les chirurgiens sortiront du bloc opératoire afin d'annoncer la mort du jeune homme. La mort de Karim... feu le frère de Kamel.



... Kamel souviens toi de ton frêre...


Il ouvrit les yeux sur un monde de ténèbres. Il crut enfin sa mort annoncée cependant il n'était ni aux enfers, ni au paradis. Un entre deux mondes certainement quoiqu'il s'agît plutôt d'un néant. Les « Errants » l'avait emporté dans leur monde de ténèbres, monde étrange et inquiétant dans lequel rien n'avait de substance, ni de matière. Le corps de Kamel semblait simplement flotter dans un vide inquiétant.

« Filoch ! »

Kamel ne cessa de crier ce prénom mais ce cri resta sans réponses. Il était seul dans un vide infini tiraillé par d'anciens souvenirs.


... Kamel...


« Mais putain mais ferme ta gueule !

- Arrête Karim !
- Ouais tu m'as vu enculé et alors ?
- Je t'ai vu avec un mec sale pd !
- J'en ai rien à foutre de ce que tu penses !
- Tais toi... puis Kamel reprit après un léger silence, Et maman elle est au courant ?
- Elle s'en doute mais elle dit rien.
- Je vois. Ecoute tu sais que tu peux pas continuer comme ça c'est impossible, deux mecs entre eux mais putain c'est dégueulasse !
- Non... susurra Karim les yeux légèrement baissés C'est même plus beau que ce que tu crois
- Moi je crois rien j'ai rien à voir avec ça.
- J'aime mon mec et je le quitterai jamais...

Karim se pressa de partir sans un regard, au grand dam de son frère qui ne put le retenir. Ainsi Karim partit, peut être trop précipitamment... ce fut la dernière fois que Kamel vit son frère. Quelques heures plus tard, Karim était admis en service de réanimation à la suite d'un accident de voiture.

...

« Karim... je regrette tellement » En son esprit Kamel implora le pardon de son frère, la vision de cette ultime conversation lui laissa bien plus qu'un sentiment amer ; mais aussi un profond dégoût pour lui-même. « J'aurais dû t'aider, j'aurais dû savoir que ce n'était pas facile pour toi... Je t'aime tellement mon frère... jvoulais pas que tu partes... » Depuis lors, Kamel rongé par la culpabilité était en proie à une dépression des plus silencieuse. Peut être voulait il rejoindre son défunt frère ?

« Karim ! cria de plus belle Kamel Mon frère... pardonne moi je t'en supplie

- Kamel... »

Surpris il regarde autour de lui mais seuls les ténèbres demeuraient palpables

« Je suis là mon frère »

Une main tendue traversa les ombres afin de se loger à la portée du jeune homme. Elle se faisait douce et accueillante. Kamel, ses yeux emplis de larmes, la saisit.

« C'est bien mon frère je suis là »

Un éclair blanc puis... un réveil. Allongé sur un simple lit de bois, Kamel s'éveilla dans une étrange habitation c'est alors qu'un vieil homme s'approcha de lui :

« Bienvenue mon ami, tu es ci en sécurité au « Village » »

# Posté le mercredi 13 août 2008 22:42

Le nocturne à l'absent

Le nocturne à l'absent
Nocturne à l'Absent

A travers mes yeux la nuit semblait soudain fragile, les ténèbres vacillant au gré des vas et viens incessants des voitures... Pourtant, ils dissimulaient encore ma présence. Oublié de tous, je pus enfin me réfugier dans une solitude salvatrice. Je ferme les yeux... Je pense... Je réfléchis... Je dénoue la trame de mes pérégrinations diurnes. Je vois combien je suis laid, combien je désire enfin reprendre corps. Une consistance matérielle qui m'aiderait une fois encore à vomir tout le bien que je puisse penser de ma vie.

« La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine... »

Je me sens mal dans ce corps qui m'emprisonne, qui me force à me remémorer sans cesse ces instants passer avec toi. Ce soir, lorsque dans l'espoir d'une quelconque reconquête je me suis souvenu du code de ta porte d'entrée, du bruit de mes chaussures sur ces marches de bois qui me séparaient de ton appartement, de ce renfoncement presque anodin... tendre antichambre entre le monde des Hommes et le nôtre... ce soir... cette nuit...
Je suis sorti en pleurant, mais je ne voulais pas que tu entendes le son de ma voix tremblotante. Je suis parti sans un mot. Mais je te mens encore, car des mots j'en ai prononcé. Ce n'était pas un « je t'aime » qui s'échappa soudainement de mes lèvres mais un « adieu » mélancolique et terne. En bas de ces marches, une douleur extrême ne cessa de m'exploser ma cage thoracique. Oui j'ai serré les dents car j'aurais préféré pousser mon dernier soupir plutôt que tu devines ma douleur. Mais je me suis relevé, hagard. Il ne me restait plus qu'à rejoindre cette place que j'avais tant fréquentée à tes côtés. Mes amies m'y attendaient et je crois m'avoir attendu là bas également. Je pleurais, traversais les rues sans un regard sur ces voitures que rien ne pouvaient convaincre à l'arrêt. Sauf peut être un jeune homme vêtu de noir qui, lorsqu'il regarda au travers de leurs glaces les petits pilotes, leur inspira la plus tendre compassion.

« J'ai dans les bottes des montagnes de questions où subsistent encore ton écho »

Ce souvenir...
La nuit me préserve de mes propres pensées mais jamais elle ne fut moins réconfortante avec toi. Alors je chanterai, certainement à demi ton, ce Nocturne à l'Absent qui te résume si bien...

# Posté le vendredi 30 mai 2008 20:48

Indicible...

Indicible...

A l'ombre de cet instant ton corps n'est plus tien
Repais toi de la chaire ardemment désirée
Saisis toi de mon être mon tendre abusé
Qu'importe le démon, je suis le malandrin

Je ne t'accorderai nulle grâce, qu'ainsi
Ta dévotion soit entière à me satisfaire
Qu'au joug de ma volonté mon cher éphémère
Se dessine ta disgrâce au gré de l'envie

Viens une fois encore je t'offre les bras
Dont la candeur étonnera toujours tes yeux
Mais prend garde lorsque tu y seras au creux

Car si l'Amour n'a de raison qu'à cet égard
Tu y trouveras pourtant l'éternel repos
Lové contre ce c½ur qui sera ton tombeau

# Posté le mardi 29 avril 2008 20:23

Dialogue 2

Dialogue 2



Léo se tenait enfin devant lui. Ils s'étaient promis ce moment d'intense discussion. L'échange était un point essentiel dans leur relation passée. Il est des gens que l'on croise sans vraiment porter attention. Ils se font visages et figures au détour d'un quai de métro ou bien de RER. Rien ne laissait présager les joies ni les peines qu'ils avaient vécues. Parfois Léo les regardait avec une lueur de curiosité. « Pourquoi ont il l'air si mélancoliques, si solitaires ? » Nous restons tous quelque part les anonymes d'une société proliférante. On s'ignore...

Ce jour là Léo ne voulait pas ignorer Marc. Il ne pouvait pas. Il n'en avait guère la volonté, ni l'envie même si cette dernière constatation demeure inavouée par son orgueil. Mais celui-ci s'était émoussé avec le temps, il était emprunt de raison par l'expérience et satisfaisait sa diplomate démarche de revoir ce garçon... Mais quel garçon ?

« Moi Marc... »

On le voit empli de grâce et de savoir vivre. Un homme dont l'apparence demeurait troublante que ce fût ce pour les yeux les plus aguerris. Unique il mêlait avec malice et intelligence la féminité et la virilité. Une démarche élancée, parfois chaloupée par maniérisme, son regard défiait constamment autrui. S'imposant avec force et tendresse dans un monde qui jalouse la « différence » pour sa richesse. Léo se tenait enfin devant lui... Mais les mots lui manquaient. Cet homme dont l'esprit était à jamais au service de réparties audacieuses voyait soudain sa bouche comme une chose superflue. Il se moquait bien de dire quoique ce soit. Il se tenait là devant lui. Léo joua quelques peu, esquissant de légers sourires accompagnés de regards séducteurs. Il savait que là était son arme afin d'imposer à l'autre le désir malsain de quelconques contemplations.

« Te voilà...

La voix de Léo se faisait douce et grave.

- T'es beau mon c½ur...

Léo sourit. Il était amusé par sa réflexion pourtant si anodine. Un simple compliment en signe de retrouvailles.

- Je suppose que tu vas commander un capuccino ?
- Tu connais si bien mes goûts ?
- A dire vrai, j'ai longtemps étudié ton cas.
- Dois je comprendre que tu m'accordes enfin le droit de me prévaloir de ma folie.
- Ce n'est pas l'explication à laquelle je m'attendais mais c'est un début.

Ils rient. Ils se comprennent. Tout deux possédaient cet humour mordant qui les avait tant distingué.

- Tu m'as manqué...
- A moi aussi tu m'as manqué.
- Tu sais je pense profondément que ma décision était juste.
- C'est vrai elle l'était.

Léo semblait surpris de cette réponse mais peu lui importait.

- Nous deux... c'était quand même un truc de ouf
- J'avoue, il rit, on est définitivement fait l'un pour l'autre.
- Je ne sais...
- Quoi ?
- Je ne me souviens plus de cette sensation d'être fait l'un pour l'autre. J'ai cru la ressentir il y a un temps. Je crois ne plus pouvoir donner mon affection.
- C'est normal. Tu n'as pas eu une vision vraiment heureuse de tes couples. Tu te préserves, tu te réserves.
- Peut être.
- C'est certain. Tu sais tu donnes une apparence de toi si complexe si insensible. Tu désires tellement laisser transparaître une image de toi si éloignée de ce que tu es.
- Et... hésite Léo, que penses tu savoir de moi ?
- Dans tout les cas je sais que t'es vraiment expressif dans l'intimité.
- Et ça c'était nécessaire !

Ils rient de plus belle. Une nouvelle fois ils se retrouvent. Ce même café cette même répartie. Deux esprits subtils dévoyés par d'autres. La jalousie d'un échange unique. Authentique, savoureux et sincère.

Alors que Léo s'apprêtait à payer l'addition, Marc apprécia son reflet quelques instants. Un simple mouvement des yeux devant le miroir mural du café le fit penser furtivement qu'il était enfin là près de lui...

# Posté le jeudi 27 décembre 2007 18:45

The road to hell Partie 5


Cinquième Partie : « Les errants »



« Il était un jeune garçon dont les yeux surprenaient encore le Monde. D'un vert scintillant quoique essoufflé, ce regard décrivait la brume des temps échappant aux mains conquérantes de l'Homme. Convoités, admirés puis craint il se faisait tantôt observateur puis inquisiteur. Le garçon devait être maudit mais le Monde lui prédit un jour que la terre lui rendrait hommage... »

Ils se regardèrent surpris puis... terriblement impuissants. Sarah et Kamel ne comprirent en aucune façon la terreur de l'enfant. Pourtant, cette émotion ne paraissait guère feinte, le visage du jeune Filoch en était le parfait témoin. Figé, contracté puis déformé au gré des mains et des bras qui le martyrisaient grandement. Sarah esquissa un léger pas sur le coté. Etrangement, il semblait qu'elle avait saisi la menace invisible à laquelle le pauvre garçon était soumis.

« Kamel... Ne t'approche surtout pas de l'enfant

- Qu'y a-t-il Sarah ? »

Aucune réponse. Cependant, les yeux de la jeune femme semblaient traduire la crainte d'être au prise de cette folie.

« Il me dévore ! Il me déchire me bouffe les entrailles ! »

Filoch ne cessait d'hurler sa douleur, se tortillant tel un ver qu'on aurait aperçu après l'infâme passage de quelques gosses sadiques. Kamel ne pouvait rester insensible. Il savait combien sa douleur était profonde, il pensait lui-même l'avoir ressenti un jour. Après que son père déversa sa colère et sa frustration contre lui, il sentait à quel point il était misérable. La culpabilité très innocente d'avoir provoqué cette violence paternelle à son encontre lui faisait l'effet d'un monstre qui le dévora de l'intérieur. Peut être que Filoch se devait de se battre avec ses propres démons ?

« Personne ne m'a aidé... personne ne m'a écouté quand Papa me battait... »

« Attends Filoch ! »

Kamel n'écouta guère le sage avertissement de Sarah, il voulut aider l'enfant... certainement se devait il de penser que cette action si anodine allait rompre le souvenir d'une enfance solitaire. Alors Kamel s'approche du garçon perdu, le regarde dans les yeux alors ensanglantés et le prend dans ses bras. Filoch se débat, la douleur était bien trop forte, il se tortille utilise ses poings et ses pieds pour mutiler. Alors Kamel le sert de plus en plus fort dans ses bras... en larmes qu'il tente maladroitement de dissimuler.

« Ah ! Mon Dieu tuer moi ! »

- Il a parlé notre langue son âme appartient à « l'Oubli »... murmura Sarah


- Filoch calme toi ! »

« Arrête je t'en supplie » implora Kamel en son esprit. C'est alors que de multiples ombres sortirent du corps de Filoch, des ombres dont les crocs ne demandaient qu'à se repaître une nouvelle fois de la chaire de l'enfant. Surpris Kamel traversa aveuglément le brouillard fantomatique qui s'était créée autour de leurs deux individualités.

« Les Errants » susurra Sarah « Les créatures malfaisantes qui sur Terre n'étaient que l'ombre d'elles mêmes ... tant de frustrations, de colères, qu'ils ne cesseront de se repaître de nos chaires jusqu'à la destruction totale de notre être »
Kamel et Filoch virent leur dernier instant poindre. Cernés au c½ur d'un tourbillon de ténèbres à la faim insatiable, ils crurent à leur fin. Mais...

« Non ! »


-Sarah ?

Une étrange lumière, douce et réconfortante entoura la jeune femme. Celle-ci se mit alors chanter silencieusement entre ses lèvres une surprenante mélodie qui semblait porter son corps au dessus du sol. L'odeur cendrée de la route se mit soudainement à disparaître, les ténèbres entourant la route se dissipèrent, et les créatures cannibales surprises par cette apparition s'en furent à travers le sol dans une confusion perturbante. Mais il sembla que les créatures n'avaient guère l'intention d'abandonner si aisément leur proie... S'agrippant aux pieds de Kamel et Filoch ils précipitèrent ceux-ci dans les entrailles de la terre sous le regard empli de désespoir de Sarah...

# Posté le mardi 04 décembre 2007 20:38